Amélie Murat : son œuvre

BIBLIOGRAPHIE

D'un cœur fervent (1908)

Le Livre de Poésie (1912)

Humblement, sur l'autel... (1919)

Le Sanglot d'Eve (1919)

La Bête divine (1919)

Bucoliques d'été (1920)

Le Sanglot d'Eve (1923)

Chant de minuit (1927)

Passion (1929)

Solitude (1930)

Le Rosaire de Jeanne (1933)

Chant de la Vie (1935)

Vivre encore (1937)

Poésie c'est délivrance (posthume)

Les œuvres d'Amélie Murat, poétiques comme romanesques, furent louées par les hommes de lettres de sa décennie et de nombreux jeunes poètes qui lui rendirent hommage (Alfred Prody et François-Paul Raynal par exemple). Le salon littéraire qu’elle tenait à Royat l’inscrit encore davantage dans sa terre d’écriture auvergnate.

La poésie féminine auvergnate ou d’inspiration auvergnate au temps d’Amélie Murat est très riche, de nombreuses femmes conquirent leur place dans un monde des Lettres très masculin à cette époque.

Citons quelques poétesses qui connurent de manière intime ou épistolaire Amélie Murat : Emilie Arnal, Simone d’Arverne, Laure Ferry De Pigny, Henry Franz, Blanche Messis, Hélène Morange, Marguerite Perroy, Cécile Sauvage, Marguerite Soleillant, Marie-Louise Vert, Marie-Louise Vignon, Marthe Boissier, Solange Planat qui sous son nom de jeune fille (Solange Robert) obtint le prix Amélie Murat en 1968 ou encore Marcelle-Anne Trébor. Amélie Murat fut comparée aux poétesses prestigieuses Anna de Noailles et Marie Noël.

Les poètes et critiques décelèrent du Lamartine dans ses premiers recueils et l’influence profonde du poète symboliste Albert Samain.

Mais, avec le temps, sa poésie mûrit et atteignit une forme bien personnelle. « Dernière des romantiques » à certains égards, la force et la passion étonnantes qu'elle met en vers font d'elle la poétesse tourmentée par excellence.

Article sur la Légion d'honneur d'Amélie Murat
Article sur la Légion d'honneur d'Amélie Murat

L'amour, tourment de l'âme

Les années 1920 sont une décennie charnière pour la poésie d'Amélie Murat. Elle doit faire face à une cruelle déception amoureuse qui inspire ses écrits (Le Sanglot d'Eve) et rend impossible, à l'avenir, tout autre attachement amoureux. Cette désillusion constitue la source du lyrisme des futurs recueils de la poétesse et sera douloureusement accentuée par la perte de sa sœur Jeanne, dont elle fait son deuil six ans après avec Le Rosaire de Jeanne.

Jusque tardivement, de 1923 à 1930, sa vie sentimentale tourmente toujours son âme de poète (Chants de Minuit, Passion) et elle aime à décrire les amertumes de son cœur dans Solitude. Son existence pénible a eu d'énormes conséquences sur son œuvre. Sans cette expérience du chagrin, la poétesse aurait sans doute puisé dans une autre inspiration. En effet, malgré les deuils qui assombrissent sa jeunesse, elle exprime beaucoup de joie dans ses premiers recueils D'un cœur fervent et Le Livre de la poésie. La guerre qui éclate parachève son désespoir latent et le fait imploser, ce qu'elle relate dans Humblement, sur l’autel…

Elle exorcise dans le poème « Berceuse pour l'enfant qui n'existe pas » sa tristesse de ne pas pouvoir donner la vie :

Mon enfant adoré que je n'ai jamais eu,
Ma rose, mon bourgeon, ma perle, mon Jésus,
Dans l'ombre insomnieuse et craintive où la femme,
D'un geste égalisé comme un rythme de rame,
Berce la barque blanche où son fils est blotti,
Moi, je te serre au creux le plus chaud de mon âme :
Mon enfant... ma beauté, mon souffle... mon petit !

 

Elle éprouve la tentation de renier Dieu, comme recours ultime contre une douleur injuste, surtout après la mort de Jeanne, se sentant délaissée, mais elle y revient finalement :

Moi qui toujours oscille, étrangement sincère
-Car c'est leur double part qu'ose exiger mon vœu -
Du terrestre au divin, de la rose au rosaire
Et, ne pouvant trahir mon culte ou ma misère,
Mets mon humble péché sous la garde d'un Dieu...

Ses amours malheureuses (passion, fraternité et maternité lui sont arrachées) devinrent finalement sa raison de vivre puisque ce furent ses raisons d’écrire.
Les années 1920 sont donc aussi douloureuses que fécondes pour Amélie Murat.
Même si le temps qui passe parvient à l'apaiser et qu'elle trouve la sérénité lors des dernières années de sa vie, la blessure demeure ouverte et profonde, la douleur éternelle.


Entre lyrisme émerveillé et lamentation mélancolique

En 1920, le recueil Bucoliques d'été est couronné par l'Académie Française et obtient le prix François Coppée. Dans la même période, Amélie Murat publie deux romans La Maison heureuse et Le Rosier blanc.
Ces œuvres attestent de l'importance de la nature pour la jeune poétesse et d'une certaine quiétude et indolence à cette époque de sa vie, même si ses angoisses sont déjà palpables.


Volets clos. De l'or flue à travers chaque lame,
Glisse entre mes cils joints, m'éblouit jusqu'à l'âme...
J'entends sur le jour las bourdonner la chaleur,
Comme une abeille folle autour d'un champ de fleurs.
La tranquille maison que sa pénombre isole,
Est fraîche comme un fond renversé de corolle.

Extrait de "Sieste dorée", Bucoliques d'été (1920)

Ses vers ont une beauté classique, ils sont rigoureusement construits mais préservent une certaine souplesse et sensibilité féminine sans jamais être précieux.
Amélie Murat a le sens des associations, elle unit ainsi des images et des sonorités. Elle concilie les émois du cœur et les mouvements de la nature dans un rythme poétique qui se déploie amplement mais sans emphase. Elle (se) donne tout en retenue.

J'ai pour les animaux, captifs ou vagabonds,
Faibles ou forts, charmants ou laids, méchants ou bons,
Le cœur tout fraternel de Saint François d'Assise...
Et sous un ciel baigné de lumière et de brise,
Pareil au ciel d'Ombrie, où le Poverollo
Lorsqu'il marchait, pieds nus, exhortant sa sœur l'Eau,
Discernait un reflet de l'angélique fête,
Je les voudrais voir vivre en une paix parfaite.


Extrait du poème « Frères ennemis », Livre de poésie (1912)

Un fort contraste est à noter dans la poésie d'Amélie Murat entre l'avant et l'après première guerre mondiale.
Sa poésie s'affirme et il semble qu'il n'existe aucun palliatif à sa blessure, aucun substitut à sa douleur ; toute consolation ne serait que simulacre face à la virulence de son chagrin. Son recueil posthume, Poésie, c'est Délivrance (1944) explique que sa lamentation mélancolique est le truchement par lequel elle accède à l'apaisement, avec l'image de l'oiseau blessé et enfermé qui prend son envol.

Je n'écris pas pour vous, les heureux, les tranquilles

Je n'écris pas pour vous, les sages, les ascètes

Quand je crée à ce prix mon tragique poème
Il me semble qu'enfin la cage va s'ouvrir
Du grand oiseau blessé que je porte en moi-même
Et provoque et pourchasse et regarde souffrir,
Et qu'il va s'envoler, puisqu'il ne peut mourir.


Le dernier livre qu’elle publia de son vivant Vivre encore (1937) met aussi en avant cet élan de vie authentique, profond et courageux malgré le malheur qui l'accabla toute sa vie :

Mais c'est la Vie encor qui nous octroie,
Comme un retour de flamme et de chaleur,
Cette embellie où l'automne est en fleur,
Ce jour de grâce où le cœur est en joie !

 

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