Apocalypse cognitive

Ceci est une Révélation !

Vous souvenez-vous de la fameuse punchline d'Idris Elba dans Pacific Rim : « Today, we are cancelling the Apocalypse !» ? Bah, avec à peine moins d'ambition, c'est un peu le projet de Gerald Bronner ici : nous donner les moyens de conjurer une forme d'apocalypse certes assez peu hollywoodienne, mais consistant tout de même en l'abandon progressif de nos esprits aux puissances ô combien addictives du « marché cognitif » - ou de l'attention.

Comprenons nous bien : ce passionnant essai n'a rien d'un mauvais augure technophobe, pas plus que ledit marché n'a à voir avec une quelconque théorie du complot. Non ! Homme de science et rationaliste jusqu'au bout des ongles, Gerald Bronner est d'abord et avant tout un sacré vulgarisateur, dont la grande pédagogie et le sens du storytelling le situeraient quelque part entre Jamie Gourmaud et Rafik Djoumi. Nous rappelant le sens originel du mot « apocalypsis » (révélation ), il nous révèle de fait à quel point la révolution numérique et sa conséquence directe - la dé-régularisation des échanges par écrans interposés aux quatre coins du globe - constitue une véritable rupture anthropologique.

Imaginez : un cerveau façonné par environ 300 000 ans de survie soudain confronté à une sorte de miroir grossissant ses traits les plus disgracieux. « Peur », « sexe », « conflictualité », « ego », « narcissisme »... : autant de domaines synonymes d'alarmes dans notre matière grise parce qu'autrefois étroitement liés à notre survie en tant qu'animal social. Aujourd'hui, nous explique le sociologue chiffres à l'appui, ces circuits-réflexes se voient retournés contre nous. Comment ? Par leur conversion, au moyen d'« appâts cognitifs » disséminés sur tous nos écrans, en capital attentionnel. Véritable manne dans un écosystème toujours plus précisément calibré pour appuyer sur ces leviers-là (les plus faciles à monétiser), quitte à faire tourner en bourrique notre système de récompense.

Résultat : avant même qu'on ne s'en soit rendu compte, voilà notre précieux temps de cerveau vampirisé. Sans parler de cet autre phénomène, effet pervers de sollicitations collant toujours plus près à nos supposés désirs : ces bulles ou « chambres d'échos » enfermant pernicieusement chaque individu connecté dans SA réalité, et par là-même virtuellement en guerre contre toutes les autres. Le Big Data du XXIe siècle comme le pétrole du XXe ? Merci à nos traces numériques pour ça.

Bref, de quoi méditer la prochaine fois que vous vous surprendrez à scroller des heures devant des vidéos de chats...

Conseillé par Mathieu

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