Belleville au coeur

Auteur : Christian Page
Editeur : Slatkine & Cie Paris
Publié : 2018
Type de document : 10-Livres
Cote : coup de coeur
Résumé : Après trois hivers passés dans la rue, Christian Page, 46 ans, raconte le quotidien d'un SDF. En écrivant le roman de sa vie, il décrit la langueur des jours et le temps qui s'accélère, le regard des autres, les trucs, les clans, la violence, la pitié, les ivresses du bonheur et l'amour. Chaque jour, en France, un SDF meurt dans la rue. Belleville au cour est dédié à ces milliers d'anonymes, ces femmes, ces hommes qu'on a croisés sans doute, mais sans jamais les voir.

« Belleville au coeur », c’est l’histoire d’une chute anonyme, de celle dont beaucoup ne se relèvent pas : un divorce, une dépression, la perte de son travail et la rue comme dernier refuge ; et conséquence ultime, l’impossibilité de revoir son fils tant qu’il n’aura pas retrouvé de logement. Christian Page, 46 ans, raconte ses presque quatre années sur le carreau parisien, ses trois hivers de lutte qui raccourcissent durablement l’espérance de vie. Il nous embarque avec lui aux côtés de ces âmes en détresse qui avant de se retrouver à la rue avaient un statut et une position sociale respectable ; puis, un un accident de la vie les a jeté sur le bitume. Lui, l’ancien sommelier dans un restaurant chic, d’origine suisse par sa mère, décortique son combat au jour le jour pour ne pas perdre pied dans un univers où les solidarités sont rares et où règne la violence et le chacun pour soi.

Comment nous imaginer à l’abri de ce risque ? Comment entrevoir une issue à un drame quotidien à nos portes ? Christian Page a choisi de raconter ce à quoi il était confronté en le postant sur un compte twitter, devenant ainsi le sans abris 2.0 portant la parole des exclus. Avec franchise, il lance sans détour « j’ai testé le 115 et franchement, je préfère la rue, c’est plus humain ». En simple passant, on ne se rend pas toujours compte de la rage qu’engendre l’aménagement mobilier urbain : porche d’un garage qui déverse de l’eau afin d’éviter l’installation des sans abris, réveil par un agent de la ville à coup de jet d’eau froide, dispositifs urbains anti-SDF dépendant de la mairie de Paris, etc.  Il n’a pas hésité à décrire ce qu’il voyait et cela ne lui a sans doute pas facilité l’avancée de son dossier de demande de logement. Heureusement, depuis l’été 2018, il a retrouvé un toit et davantage de dignité même si sa situation reste fragile.

La rue tue toujours un peu plus d’une personne par jour en France et davantage l’été. Lire « Belleville au coeur », c’est tendre la main et relayer aux pouvoirs publics l’impérieuse nécessité de protéger les plus fragiles d’entre nous aux portes de nos maisons.

Mathieu Viciana