Mémoires d'un Clermontois : les trois journées sanglantes (10-11-12 septembre 1841)

« C'est un massacre ». Du 9 au 14 septembre 1841, la population de Clermont-Ferrand et sa région prend les armes contre le fisc et son impôt sur les portes et fenêtres.

« Citoyens ! Nous ne pouvons nous laisser tondre comme des moutons ! Quoi ! On violera notre domicile, ce lieu sacré ! On perquisitionnera, des hommes viendront jeter à bas du lit, vos femmes, vos enfants, vos malades, pour compter les couches ! [...] Il n'y aurait donc que nous, descendants de ces Arvernes qui ont su résister à César [....] ; nous, fils de Vercingétorix ».

Le 25 février 1841, sous le règne de Louis-Philippe, les finances sont au plus mal. Le ministre, Georges Humann, décide de combler le déficit en appliquant la taxe sur les portes et fenêtres, qui va faire grand bruit dans les chaumières des plus aisés au moins nantis. L'ordre est donné de recenser toutes les habitations du Royaume. La rumeur coure en province que l'inventaire s'étendra aux draps, aux chemises et même aux femmes enceintes, permettant ainsi aux agents recenseurs et aux employés des mairies de pénétrer dans les foyers et ainsi établir une nouvelle taxe.

La résistance se forme alors dans toute la France dès Juin 1841 jusqu'en septembre, ce sera « l'Eté rouge ». Le recensement commence le 9 septembre à Clermont, la révolte fait de même. Les bouchers lâchent leurs chiens aux trousses des recenseurs ; des pierres sont lancées à l'encontre des soldats et gendarmes à cheval ou à pied ; des barricades formées de charrettes sont élevées rue Saint-Genès et rue Saint-Esprit, renforcées par les pavés de la rue ; trois armureries sont entièrement pillées ; la cathédrale est occupée par les troupes de soldats, gendarmes et dragons, qui vont se ravitailler en poudre et noyer le reste dans la Tiretaine.

Les villes en périphérie de Clermont : Aubière, Durtol, Beaumont ne sont pas en reste. Elles s'organisent pour résister et faire pression sur le maire M. Conchon, lançant sur les routes de nombreux paysans armés. Son appartement, Place de Jaude, est d'ailleurs dévasté, tout le mobilier jeté au feu.

Le 14 septembre les émeutes prennent fin, c'est le temps des comptes rendus. Les arrestations s'enchaînent, près de 500 au total, jusqu'au Crest, Chauriat, Lezoux, Riom ou encore la Roche-Blanche : pilleurs, instigateurs des violences, l'un est accusé d'avoir dévalisé la cantinière en jetant l'eau de vie par les fenêtres. Le verdict tombe, une vingtaine de condamnés écopent de 6 mois de réclusion jusqu'à 10 ans de travaux forcés. Par ailleurs, le bilan jumain est lourd : 10 soldats blessés et 25 tués, contre 30 morts parmi les civils et plus d'une centaine de blessés, tous n'étant pas allés se faire soigner à l'Hôtel-Dieu par peur des poursuites judiciaires.

La bibliothèque conserve deux témoignages précieux de cet épisode sanglant : un manuscrit rédigé par M. Le maire Hippolyte Conchon ainsi que le journal édité d'un jeune apprenti typographe de 16 ans Victor Fayvé, qui nous emmène au coeur des affrontements et nous dresse même la liste des accusés avec leurs noms, professions, âges et chefs d'accusation.

Conseillé par Elodie

Pour connaitre la disponibilité de ce document dans vos médiathèques, cliquer ICI.

 

Et pour trouver des milliers d'autres ressources en ligne :

  • Pas encore inscrit ? Tout est expliqué ICI !
  • Une fois connecté, cliquez sur l'onglet Ressources de la page d'Accueil (bouton vert sur le menu).
  • Choisisissez entre la presse, les livres numériques à télécharger, les albums jeunesse à lire et à écouter, la musique, les films, les tutos d'autoformation ou nos sélections en cliquant sur l'onglet dédié !