Terreur

Auteur : Ferdinand von Schirach
Editeur : Arche éditeur Paris
Publié : 2017
Type de document : 10-Livres
Cote : t sch
Résumé : Le procès de Lars Koch, commandant de l'armée de l'air allemande, qui est accusé d'avoir tué 164 passagers en provoquant la chute d'un avion de ligne. Pour sa défense, il explique que ce choix avait pour but de sauver 70.000 spectateurs menacés par des terroristes.

Un procès fictif,  exposé comme un problème de mathématiques à résoudre à partir d'un fait divers tragique. Voici les données : un avion de ligne avec à son bord 164 passagers est détourné par un pirate de l'air. Il se dirige sur le stade de Munich, Allemagne, dans lequel 70 000 personnes sont entassées pour un match. Le terroriste projette de faire écraser l'avion sur le stade. Un autre avion, de l'armée allemande cette fois-ci, le suit. Dilemme : le pilote de l'armée doit-il laisser l'avion de ligne accomplir sa sinistre besogne au risque de déplorer 70 000 morts ou doit-il l'abattre pour sacrifier « seulement » 164 humains afin de sauver la vie des 70 000 autres ? Il choisit la seconde solution.

Cette pièce de théâtre est totalement déroutante. VON SCHIRACH qui, ne l'oublions pas, est avocat et connaît de fait très bien son sujet, nous pousse dans nos derniers retranchements à chaque page ;  la torture mentale est permanente dans cette odeur toute kafkaïenne pour le lecteur dont les certitudes sont bousculées à tout bout de champ. VON SCHIRACH nous OBLIGE à juger, à douter, à remettre en question notre premier jugement, à peser le pour, le contre, à douter encore et toujours, à redistribuer les cartes incessamment, c'est un vrai casse-tête chinois, en beaucoup plus obsédant. Qui sommes-nous pour juger ? D'ailleurs sommes-nous faits pour juger ? Pourtant VON SCHIRACH nous exhorte de le faire, en notre âme et conscience il nous prie d'exposer notre intime conviction alors que la tête nous tourne et que l'on se sent prisonnier d'une véritable spirale, dans un labyrinthe sans aucune issue, la nausée au bord des lèvres car incapables de répondre objectivement à une seule des nombreuses questions, et que pour tout dire nous irions bien volontiers nous allonger pour oublier tout ça, comme par lâcheté, ou lassitude. VON SCHIRACH joue avec nos nerfs (on pense bien sûr au test de MILGRAM pour le thème de l'obéissance à l'autorité) et pourtant chaque question qu'il soulève est fondamentale et déconstruit en permanence nos idées arrêtées, nos préjugés.

 

Proposé par Laurent, bassin sud-ouest