Dans ma bibliothèque il y a ...
par Jean-Pierre Siméon
Fervent défenseur de la culture pour tous, Jean-Pierre Siméon entretient un attachement profond aux bibliothèques. Il esquisse le rôle essentiel que doivent jouer ces espaces dans notre monde moderne : des refuges vivants pour l’imaginaire et la pensée, où le livre est un vecteur d'émotions communes.
Dans ma bibliothèque il y a
Quel est votre plus beau souvenir dans une bibliothèque ?
En tant qu'écrivain, j'y ai vécu beaucoup de moments très enthousiasmants avec des lecteurs. Je garde notamment un beau souvenir d'une rencontre qui s'est déroulée au début de l'été, à la médiathèque Jean-Pierre Siméon à Maen Roch, une petite commune bretonne dans laquelle j'ai vécu et où j'ai beaucoup agi en faveur de la culture (qu’on ait donné mon nom à une bibliothèque est sûrement la plus belle récompense que m’ait valu mon travail d’écrivain) . Lors du festival Facile à lire, j'ai pu m'entretenir avec des personnes en situation de handicap qui avaient travaillé autour de "L'arbre m'a dit", un de mes recueils de poèmes. C'était un moment très humain et inhabituel pour moi qui ai plutôt l'habitude d'intervenir devant un public très littéraire.
Les bibliothèques ont-elles évolué ?
Je remarque que le livre n'est plus roi depuis que nous sommes passés de bibliothèque à médiathèque. Il demeure un pivot central, mais doit désormais partager l'espace avec les médias audiovisuels et sonores. C'est un débat que l'on peut avoir, mais je ne les oppose pas : l'arrivée de la voiture n'a pas supprimé la marche à pied. En revanche, je pense que le rapport à l'imaginaire et au savoir que l'on a avec le livre est inégalable. Le numérique, lui, nous impose une représentation du réel. Si nous n'avons pas de recul ou l'esprit critique, on peut devenir esclave de ce que l'écran nous montre et nous dit.
Le livre a donc de longs jours devant lui ?
Je suis sûr que le livre ne peut pas disparaître. Dans ce monde qui va à mille à l'heure, il nous offre le silence, l'immobilité et la lenteur, trois rapports qui n'existent quasiment pas avec les écrans. Comme l'a si bien dit le poète André Suarès, "il est possible que le livre soit le dernier refuge de l'homme libre [...]".
Comment imaginez-vous la future Bibliothèque métropolitaine ?
Comme le cœur battant de Clermont-Ferrand. J'aimerais que ce soit le destin de toutes les bibliothèques : qu'elles deviennent des lieux de vie partageables par tous où il y ai des rencontres, des lectures, des expositions, des débats, des résidences d'écrivains ou de cinéastes... Que ça bouge en permanence ! Elles ne devraient plus être seulement un lieu où l'on emprunte des livres, mais une place essentielle où se mêlerait tout ce qui fait l'art et la culture.
Propos recueillis par Daphnée Autissier, juin.2025
Crédit photo : Bouton production