Les veillées auvergnates dans l'oeuvre de Maurice Busset
Au tournant du XXe siècle, les veillées rurales constituaient un pilier de la sociabilité paysanne en Auvergne. Ces rassemblements hivernaux, souvent tenus dans les étables ou les granges, étaient des lieux de transmission orale, de solidarité communautaire et de pratiques artisanales. L’artiste clermontois Maurice Busset (1879–1936), peintre, graveur, ethnographe et ardent défenseur de l’identité auvergnate, a su en restituer toute la richesse humaine et symbolique.
Dans son album Images du Pays d’Auvergne (1922), conservé à la Bibliothèque du Patrimoine de Clermont Auvergne Métropole (cote R 12) et numérisé sur Overnia, Busset publie une série de xylographies sur bois, parmi lesquelles figure la remarquable planche intitulée La veillée dans l’étable à la Baraque.
Cette oeuvre, réalisée selon les techniques traditionnelles de la gravure sur bois, témoigne d’un regard à la fois ethnographique et poétique sur la vie rurale.
Dans cette scène nocturne, l’artiste représente un groupe de paysans rassemblés autour du feu, dans l’intimité d’une étable. Les visages, éclairés par la lumière vacillante, expriment la chaleur humaine et la transmission intergénérationnelle. Le choix du bois gravé, avec ses contrastes marqués et sa texture brute, renforce l’authenticité et la rudesse du monde paysan. Busset, qui fut également professeur de dessin au lycée Henri-IV à Paris et peintre officiel de l’armée durant la Grande Guerre, a toujours revendiqué une approche documentaire de son art, nourrie par ses séjours dans les montagnes d’Auvergne, notamment à Saint-Bonnet-près-Orcival.
Cet album Images du Pays d’Auvergne s’inscrit dans une démarche patrimoniale, visant à fixer les coutumes, les gestes et les paysages d’un monde en voie de disparition. À travers ses gravures, Busset s’érige en témoin d’une culture populaire qu’il pressentait menacée par la modernité. Son oeuvre, longtemps oubliée, connaît aujourd’hui un regain d’intérêt, notamment grâce à des initiatives de valorisation comme celles du musée MARQ (exposition temporaire L'Auvergne de la modernité) et de la bibliothèque numérique Overnia.
Par Séverine.
